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Mutation technologique

Les mutants

Une femme marchait près de moi ce matin
Lorsque la regardant de près je vis soudain
Pousser à son oreille, spectacle épouvantable,
Une horrible excroissance en forme de portable.

Je vis également, atterré, sous mes yeux
Ma main, se transformant en manette de jeux,
S'agiter en mimant par des gestes grotesques
Un combat virtuel magique et titanesque.

La tête d'un bébé dormant dans sa poussette,
Douillettement couché, bordé dans sa couette
Mua soudainement, à ma grande stupeur,
En un joli petit écran d'ordinateur.

Autour de moi les gens, par diablerie tragique,
Devenaient tous ensemble objets technologiques,
Hybrides, monstrueux, plastifiés et brillants
Et je compris alors que c'étaient des mutants,

Tous annonciateurs d'une race naissante
Engendrée par la soif de progrès incessante
Que nous, pauvres humains n'avons pu assouvir,
Qu'en créant les objets qui nous feront périr.

Je m'éveillai soudain, sus que c'était un rêve,
Mais il m'avait marqué et je n'eus plus de trêve
Avant d'avoir détruit les témoins encombrants
De ce mode de vie devenu aberrant.

Je n'ai plus de télé, de Hi-Fi, de portable,
Et je me trouve ainsi devenu raisonnable,
Mon psychiatre voudrait que je me calme enfin
Mais il est bien trop tard et j'aime cette fin.

Je me retirerai à l'écart du progrès
Et me laisserai vivre en un endroit secret,
O√Ļ la technologie, sorci√®re mal√©fique
Ne viendra plus troubler ma retraite sto√Įque.