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Un monstre ordinaire

Dans ce vallon caché couronné de bruyère,
O√Ļ la main dans la main passent les amoureux
J'aperçus ce jour là, dans sa robe légère
Une femme allongée au pied d'un tertre ombreux.

Sa longue chevelure emmêlée d'herbes folles
Jette sous le soleil des reflets de satin,
Sa paupière fermée que le soleil cajole
Cache peut-être un rêve survenu au matin.

Mais ni le vent du Sud dans les arbres qui chantent
Ni le cours du ruisseau, ni le chant des oiseaux
Ne pourront l'éveiller car des taches sanglantes
D√©parent √ßa et l√† la fra√ģcheur de sa peau.

Par quel hasard affreux, par quel coup de th√©√Ętre,
A-t-elle rencontré par ce joli matin
Ce monstre, ce démon qui tue et qui massacre
De pauvres proies humaines pour assouvir sa faim.

Ce tueur en série sera peut être pris,
Jet√© dans une ge√īle, jug√© et condamn√©,
Voué à la vindicte, à la rage, au mépris,
Et tenu enfermé pendant quelques années.

Mais il ressortira après son purgatoire,
R√īdera √† nouveau dans les rues dans les bois,
Et trouvera peut-être comme horrible exutoire
Au hasard de sa route, une nouvelle proie.

O√Ļ est donc la justice et que faudrait-il faire ?
Pour l'empêcher demain de commettre à nouveau
Ces forfaits atterrants, pour lui si ordinaires,
L'exécuter enfin et le mettre au tombeau ?

Le soigner, lui donner un jour l'absolution,
Après un long délai qu'on juge suffisant
Pour que le traitement ma√ģtrise ses passions
Et mette ainsi un terme à ses mauvais penchants ?

A cette question chacun a sa réponse
Les uns sont pour la mort, d'autres pour le pardon
Mais il est fort à craindre qu'à jamais on renonce
A préserver nos vies des coups de ces démons.